La vieille et le savoir

 

 

 

Elle était une vieille de quatre fois vingt ans

Je la voyais venir c'était tous les matins

Elle marchait lourdement la béquille à la main

Et s'appuyant sur elle allait contre le temps

Elle ne connaissait mot ignorante à jamais

Pour signer un papier elle mettait une croix

Quelqu'un prenait sa main mais elle sait désormais

Tenir seule la plume et d'un geste presqu'adroit

Trace sur le papier des traits qui prennent forme

Qui deviennent des lettres qui deviennent des mots

Qui deviennent des phrases à la pensée conformes

Elle sait se faire comprendre et guérir tous ses maux

Si elle était bien née sous d'autres cieux peut-être

Elle aurait sûrement vécu tous les savoirs

Vécu tous les bonheurs et connu le bien-être

Et aurait mieux rempli ici-bas ses devoirs

Je la voyais en classe c'était comme un enfant

Elle répétait les sons reconnaissait les lettres

Apprenait lentement son idée qu'elle défend

Etait de savoir lire et d'écrire une lettre

Et sa main maintenant traçait tous les reliefs

Et elle était contente elle savait déchiffrer

L'énigme du tableau qui était comme un fief

Presque impénétrable et qui à voir effraie

C'était comme une enfant quand la réponse est juste

Le sourire est aux lèvres et le bonheur immense

Mais la douleur est grande quand ce qui est injuste

Nous fait perdre le temps quand le rebours commence

On débute sa vie avec tout ce retard

Un retard sur la vie qui vaut soixante-dix ans

Mais le désir d'apprendre bien qu'il soit un peu tard

Est si fort et si dense qu'il annule le temps

Elle était vieille-enfant et elle savait tout lire

Transcrire ses pensées n'était plus un problème

Comprenait mieux les autres et dans sa tirelire

Elle y cachait les mots et me disait je l'aime
 

 

Mohamed  HAMMOUCHE
25 juin 2004

 

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