J'ai vu flaner le verbe incertain d'être juste Et je l'ai vu errer emporté par le vent Je l'ai vu s'endormir et rêver bien souvent J'ai vu le verbe bas j'ai vu le verbe auguste
Le verbe est bon nageur il peut défier les vagues Aussi grandes soient-elles et faire comme Ulysse Ramener les trésors des plus grandes abysses Il est fort il est faible et parfois il divague
Le verbe a ce pouvoir de faire battre les cours De les faire s'arrêter de verdir un désert Ou d'assécher la mer et comme le laser Il peut faire des merveilles ou naître la rancour
Le verbe est comme l'homme hypocrite et rusé Il peut être aussi franc que l'eau la plus limpide Il a de ces saveurs mais peut être insipide Il peut revigorer l'homme le plus usé
Et donner tout le charme à l'homme le plus laid Il peut aussi ouvrir les portes les plus sûres Ou blesser quelques uns par ses éclaboussures Le verbe n'est que lumière qui renvoie ses reflets
Mais il peut être sombre comme une nuit sans lune Aussi trouble qu'une eau qu'on remue sans arrêt Il peut céder passage ou alors le barrer Prendre n'importe quoi pour de très belles prunes
Le verbe est un appât que présente à sa proie Celui qui veut avoir un objet désiré C'est aussi un tansfuge pour cacher tous ses traits Et paraître plutôt en véritable roi
Le verbe fait rêver ses envolées lyriques Transportent bien souvent dans de doux paradis Mais aussi parfois ses cauchemards maudits Font vivre des moments douloureux maléfiques
Le verbe est une balle chez le tireur d'élite Le verbe est une flèche qui va jusqu'à la cible Et en plein dans le mille se fixe irrésistible Et rapporte son lot et ses honneurs de suite
Et il peut rapporter l'argent et le bonheur Pour ceux qui le caressent et qui savent sa place Qui le connaissent bien qui l'aiment et qui l'enlacent Il leur permet de vivre et de mesurer l'heure
Le verbe peut être beau et peut être aussi vil Mais ce n'est pas sa faute c'est l'homme qui en use Dont la bassesse fait qu'il oublie l'excuse Et place le verbe bas et qui le rend servile
Le verbe est un plaisir on peut en raffoler Une boisson miracle qui guérit tous les maux C'est une eau de jouvence inconnue des grimauds C'est une flamme ardente et c'est un feu follet
Le verbe ne veut dire que ce que son auteur Veut bien laisser entendre et parfois il arrive Qu'il dise son contraire et va à la dérive L'idée change pourtant car l'homme est si complexe
Le verbe est incisif mais il peut être mou Placé comme il le faut il gagne du respect Mais si mis de travers il n'a aucun aspect Il faut savoir le prendre pour faire des remoux
Le verbe est tout un monde on peut y voyager Et trouver des merveilles pour ceux dont le cerveau Est d'une grande richesse et d'un très haut niveau Ceux -là peuvent se permettre dans l'océan nager
C'est ceux-là que j'envie pour avoir plein les yeux De toutes ces merveilles que le verbe nous offre Qu'il faut aller chercher dans un immense coffre Et se permettre alors de se comprendre mieux
Le verbe peut donner quand le prisme déchiffre Différentes couleurs et que l'oil ne peut voir Qu'il faut pour distinguer fouiner tous le savoirs Goûter à la musique et bien jouer du fifre
Le verbe est si multiple qu'il a mille facettes Chacun voit ce qu'il veut aimer n'est pas compris De la même manière celui qui est épris Frissonne à son écoute et a le cour en fête
Celui qui n'aime pas ne peut pas le comprendre La douceur qu'il fait naître il n'a jamais goûtée Aimer ne veut rien dire et ça le fait douter De voir l'autre heureux d'avoir un cour à prendre
Un même verbe vaut différentes valeurs Chez l'homme de la rue il égale zéro De la bouche d'un grand il devient un héros Dont on vante les faits la beauté la grandeur
Le verbe mène l'homme dans les chemins qu'il fait Il fait rire et pleurer penser et réfléchir Nous fait et nous défait parfois nous fait fléchir Il peut nous emmener dans un conte de fées