Tu le savais si bien que j'aimais tous ces soirs
Quand le ciel rougissait assis en bord de mer
Ta tête reposant au creux de mon épaule
Tes yeux vers l'horizon que le rouge brûlait
Je méditais alors en regardant les vagues
Venant se fracasser sur le granite rose
Tu le savais très bien car la mer te l'a dit
Qu'à cette heure cet endroit est le plus beau du monde
C'est ici que je viens quand l'océan ramène
Tous les faits tous les gestes des génies des bras nus
Depuis la nuit des temps quand il vient caresser
La terre qui le chérit quand chaque vague dit
L'histoire que font les hommes ce qu'ils ont fait de beau
Ce qu'ils ont fait de bien les merveilles du monde
Tu le savais si bien qu'assis sur ce rocher
Je voulais pénétrer jusqu'au fond des abysses
Car c'est là que repose tout ce que les tyrans
Et les semeurs de guerres ont produit à leur goût
Par les fortes tempêtes les ouragans profonds
Car de ces choses-là l'océan en a honte
Il les cache en lui-même dans les fosses profondes
Que la vase recouvre pour les faire oublier
C'est là que chaque guerre que chaque action maudite
Ont trouvé leur tombeau que la terre nous montre
Millions d'années plus tard quand le fond resurgit
Et revient en surface et qu'on retrouve en fouilles
Pour dire l'histoire faite par certains hommes
Et qui pose aux chercheurs d'innombrables énigmes
Tu le savais si bien que la première fois
On s'est connus ici nous regardions tous deux
Vers le même horizon dont les reflets dorés
Pénétraient nos deux âmes. Quand on s'est regardés
Un flux magique et fort parcourut nos deux corps
Avec la sensation du déjà se connaître
Puis les sourires francs suivirent les regards
Et presque par instinct nous allions l'un vers l'autre
La mer était témoin qu'un amour était né
Nous descendîmes alors sur le sable encore chaud
Allâmes d'un seul pas vers la vague mourante
Pour inscrire en un mot les trois mots de je t'aime
Les vagues caressant nos pieds nus rassemblés
Sur le sable mouillé nous écrivions nos noms
Tu le savais si bien cela ne s'oublie pas
Quand deux êtres se voient l'étincelle jaillissant
Perpétue le moment que rien n'efface plus
La mer a sa mémoire et pour l'éternité
Car la mer enregistre. Le souvenir revient
Quand la vague s'affaisse et l'écrit sur le sable
Les images défilent quand la vague s'étale
Il faut savoir les lire sans passer par l'école
Et ça tu le savais parce qu'à chaque fois
Que nous venions ici nous voyions nos images
Que la mer nous montrait nous prenions du plaisir
A les voir défiler moi je pouvais les lire
Dans le bleu de tes yeux quand ceux-ci reflétaient
Ce que montrait la mer et tu faisais de même
Tu lisais dans mes yeux tous les moments passés
Tu le savais si bien que tous ces moments-là
Nous parlions à la mer et celle-ci répondait
Elle nous parlait d'amour de tout ce qu'elle aimait
Quand elle était furieuse elle parlait d'autres choses
Qui ne lui plaisaient pas qu'elle enfouissait au fond
Ou bien qu'elle rejetait tout en les fracassant
Contre les durs rochers puis les éparpillait
En infimes morceaux qu'on ne peut reconnaître
Tu le savais si bien nous le savions si bien
Mais on peut oublier nos mémoires sont courtes
Nos mémoires sont pauvres un seul évènement
Efface souvenirs seule la mer peut
Et pour l'éternité garder tout en son sein
Et le montrer aux hommes jusqu'à la fin des temps